Les commémorations du
débarquement en Normandie permettent de jeter un œil critique sur cet évènement
dont l’aspect mémoriel n’est pas inutile pour les jeunes générations mais
devrait les conduire au-delà du côté émotionnel d’une grande date de notre
histoire et des millions de vies fauchées souvent dans leur jeunesse. Mais
aujourd’hui la communication politique leur raconte une histoire, comme leur
mère le soir leur lisait « la chèvre de Monsieur Seguin »
d’une voix douce tout près de l’oreiller. Elle diffuse son Histoire, et souvent celle
d’une berceuse verbale susurrée en somnifère irrésistible. L’histoire du
« Jour J », devenu subrepticement le D-Day, est une
comédie à grand spectacle à la gloire des Etats-Unis, où ce pays a sauvé la
planète et nous fait pleurer sur les milliers de soldats américains morts pour
cette tâche, et sur une cruelle et immense tache de sang. Les quelques vivants
décorés nous faisaient penser à tous les autres que leur motivation avait
poussé au sacrifice ultime. Pour qui et pourquoi cette motivation leur
avait-elle été inculquée ? La réponse du « pour battre les
allemands » en appelle une autre « Pourquoi en tant
qu’américain dois-je aller mourir en France ? » La réponse
« Parce que l’Allemagne peut menacer les Etats-Unis » a justifié
une incursion dans un pays occupé ami et a le plus souvent contenté le GI
devenu chair à canons. Mais la motivation du GI présentée sur la scène était-elle
celle des intentions cachées de ses chefs ? Cette question ne devait pas
hanter le cerveau du GI, il en deviendrait inopérant.
C’est seulement lorsque
l’enfant ne croit plus au Père Noël, qu’il fait son entrée dans la vie réelle. Il
doit alors ouvrir les yeux sur un monde beaucoup plus brutal semé d’embûches,
de nouveaux mensonges, de traîtrises, de désinformation, de manipulation. Il
lui faudra faire la part entre le bonheur individuel et collectif, entre le
plaisir de l’instant et celui d’une vie réussie. Il lui faudra regarder
attentivement l’envers du décor, et en matière politique la réalité se cache
derrière le bluff, le mensonge, la désinformation et derrière des histoires
construites ou présentées pour les besoins de la cause des acteurs jouant sur
le devant de la scène. Sur le devant de la scène de ce 6 juin les Etats-Unis
ont délivré la France, c’est l’histoire officielle française. Dans les
coulisses l’Histoire sait que c’est l’URSS qui a mis l’Allemagne à genoux avec
des pertes humaines 200 fois supérieures à celles des alliés, et que la lutte entre
les Etats-Unis et l’URSS était déjà commencée. Sur la scène on a mis le petit
vainqueur et la vaincue, tandis que le grand vainqueur est resté dans les
coulisses. La petite histoire était en pleine lumière, mais l’Histoire est
restée muette pour continuer sans relâche à construire une autre histoire de
l’Histoire.
La
démocratie ne sert à rien, si elle ne sert qu’à rendre un peuple moutonnier et
dont l’intérêt est détourné sur des appétences autres que celles nécessaires à
sa survie. Pourquoi la Rome antique n’était-elle pas un modèle de
démocratie ? Parce que l’on avait développé chez les Romains le goût du
cirque et des jeux souvent barbares et avilissants propres à développer les
plus mauvais penchants de la nature humaine. Le spectacle offert ce 6 juin et
le spectacle d’ensemble, que la France montre au monde et à son peuple, sont de
nature à nous demander si nous ne sommes pas au temps où l’Empire Romain
commençait un cycle de décadence généralisée touchant la tête du pouvoir mais
aussi de ce grand peuple, trop grand sans doute pour l’époque. Cette image de
décadence ne fait pas recette dans l’histoire romaine mais elle est tout autant
véritable et intéressante que la période des grands consuls mutés en empereurs.
Sautons deux millénaires et regardons l’Europe d’aujourd’hui et notre pays.
L’UE n’est qu’un patchwork commercial sans âme collective mais vendue aux
Etats-Unis et à une oligarchie financière qui la modèlent à leur guise et pour
leurs intérêts. Chacun y fait son marché avec 10 monnaies différentes, et 24
langues. Même son identité chrétienne, mise un moment dans le projet de Constitution
Européenne a été retirée, et le ciment d’un peuple européen ne prend toujours pas.
C’est même à une résurgence des clivages historiques que l’on assiste.
Ceci
me fait penser à la chute de l’URSS où le communisme avait exclu la pratique de
la religion orthodoxe, mais, dès la renaissance de la Russie, celle-ci avait de
nouveau ressurgie aussi fervente. L’histoire du carcan de l’UE va vivre la même
histoire avec le désir de souveraineté des peuples qui renaît comme le Phénix.
La petite histoire écrite et récrite est celle de la course vers le fédéralisme
et l’éclatement des nations, ouvertement affichée pour le fédéralisme, et
subrepticement encouragée pour l’éclatement des nations. Les régions à vocation
transfrontalière comme l’Alsace ou les grandes régions du Sud proches de l’Espagne,
la Corse et la péninsule bretonne vivent l’émergence d’un courant régionaliste
que l’Etat crée ouvertement pour l’Alsace européenne, ou secrètement en fermant
les yeux et en se bouchant les oreilles pour les autres, Corse en tête. L’euro
est à l’agonie, et sous perfusion de la BCE. La BCE maintient 6 mois de plus
les taux bas des emprunts des banques centrales, donnant un souffle indispensable
à l’économie mais creusant un peu plus la dette et dénaturant la nécessité de
donner une valeur au gain de temps de remboursement que permet le prêt,
conséquence dont les banques sont victimes. Pour survivre celles-ci se lancent
dans des opérations spéculatives sur des montants de plus en plus importants et
de plus en plus risquées. La menace sur l’euro se traduit par un transfert d’argent
vers le pays le plus solide, et une accumulation de créances, irrecouvrables
pour une bonne part, à la Deutch Bank atteignant les 1000 milliards. Le
résultat est déjà là puisque cette banque vient de perdre 95% de la valeur de
ses actions.
Mais le réchauffement
climatique a aussi sa petite histoire, que l’on apprend même dans les livres
scolaires pour enfants. Par la puissance de l’image on frappe leurs esprits par
la montée des mers, la fonte des glaces, la sécheresse déjà en marche (si je puis
dire). Le « chapîtrage » de l’enfance se perpétue par leurs aînés
depuis près de quarante ans et donne récemment une génération sûre d’être
investie d’une mission presque divine de sauvetage de la planète. L’interprétation politique du groupe
scientifique du GIEC dénature les conclusions de celui-ci et sert de propagation
à un consensus scientifique qui est loin d’être acquis. Les pieds dans le plat de
Trump sur ce sujet sont mis sur le compte d’un dirigeant irresponsable et nourrit
la vaillance d’un Macron autopromu chef des sauveteurs. La jeunesse encouragée
peut s’emparer de la rue sans crainte de représailles policières pour chanter
ensemble un hymne à la Terre nourricière.
Tout être pensant est sommé de s’en
tenir à la petite histoire du climat concoctée pour lui, même si le GIEC lui-même
ne cesse de baisser ses prévisions depuis 2010 et que Jean Jouzel, le porte-parole
de la Vérité, ne cesse d’aggraver le catastrophisme au fur et à mesure pour
étouffer toute voix discordante. Un article d’un chimiste éminent de l’Université
de l’Alabama, professeur et chercheur sur la qualité des mesures de température
du globe a écrit un article sur l’importance de la variabilité naturelle des
températures globales qui met en doute celle due à l’émission anthropique de carbone.
Son article a été supprimé d’une revue chimique professionnelle et n’a dû d’être
remise que par une lettre publique de 25 de ses collègues outrés à la direction
de la revue. Je sais que la publication de ce relevé mensuel ci-contre sur une année
glissante des températures satellitaires de la NOAA et des prévisions
successives du GIEC, incontestables sauf à dire que les mesures sont fausses,
ne sera pas livré à l’information du public. Il est trop parlant sur l’incertitude
qui règne dans ce domaine. On ne dira pas non plus que les dernières prévisions
du GIEC de 2018 donnent un réchauffement entre 1°C et 6°C en 2100 avec 1 chance
sur 2 de se tromper. Le fait de taper au milieu et d’annoncer +3,5°C n’arrange
en rien la certitude. Pour les
statisticiens une telle plage d’incertitude et une telle probabilité signifient
tout simplement que l’on ne peut en tirer aucune conclusion. Cela d’autant
plus que les mesures de température ont montré que les prévisions du GIEC de
2010 et 2015 ne sont pas validées. Mais la petite histoire continue à vivre grâce
à une propagande continuelle dans une incertitude scientifique avouée par le
GIEC mais dénaturée par ceux qui en publient les soi-disant résultats pour
leurs intérêts politiques et financiers. Pourtant pour la science la température
en 2100 reste une inconnue et personne ne sait expliquer pourquoi la
carbonisation commencée au début de l’ère industrielle ne s’est manifestée que
depuis 1978 où la température était la même qu’en 1880, année de référence,
pour donner +0,8°C début 2019.
Mais
les petites histoires s’appuient en plus sur des arguments à géométrie
variable. Un catastrophisme largement diffusé concerne l’épuisement des
ressources naturelles en particulier du sous-sol, pétrole en tête. On argumente
pour dénigrer la production nucléaire d’énergie que l’uranium est en voie d’épuisement.
C’est une affirmation totalement gratuite parce que les ressources exploitées
actuellement sont suffisantes pour un demi-siècle, parce que les ressources
connues sont beaucoup plus importantes et très réparties sur le globe, parce
que l’on a cessé de faire de la prospection étant donné le faible prix actuel
du kg d’uranium. A contrario on développe des énergies renouvelables et des
batteries pour véhicules électriques qui sont très consommatrices de terres rares,
dont les gisements sont peu nombreux sur le globe et situés principalement et exploités
en Chine avec plus de 80% de la production. Non seulement on épuise une
ressource indispensable à l’industrie actuelle mais on se met de plus en plus
en état de dépendance vis-à-vis de la Chine. Celle-ci d’ailleurs ne manque pas
de brandir cette arme face aux Etats-Unis en refusant de leur en vendre en cas
de désaccord économique grave. La Chine tient une arme dissuasive qui peut même
paralyser les armées du monde. On continue cependant la petite histoire du
sauvetage de la planète avec les énergies renouvelables et les véhicules
électriques. Quant à la fin proche du pétrole, les prévisions des pétroliers en
1958 n’allaient pas au-delà de 20 ans, et aujourd’hui Trump met tout son poids
pour vendre son gaz de schiste aux pays de l’Est européen car les USA sont
autosuffisants. La vision catastrophique des espèces où l’on ne publie que des
chiffres de disparition en valeur absolue ou en pourcentage ne peuvent que représenter
l’espace d’investigation accessible aux mesures et doit être complété par des chiffres
de création de nouvelles espèces et par ceux du nombre d’espèces existantes
connues. Evidemment certains de ces chiffres ne peuvent être donnés car ils ne
sont pas bâtis sur des mesures exactes mais sur des approximations en particulier
sur le nombre exact vivant sur terre en surface et dans le sous-sol aussi bien
que dans les mers et les océans. Ce ne sont pas les chiffres des chercheurs qui
sont en cause, c’est l’interprétation que l’on en fait pour des raisons qui n’ont
plus rien de scientifiques. On bâtit une petite histoire que personne d’entre
nous ne peut contester puisque c’est la science qui est censée avoir parlé.
Terminons
là ces propos sur les petites histoires qui rendent aveugles la plupart d’entre
nous dans un contexte de manipulation incessante qui nous fait prendre les
vessies pour des lanternes. Je prends un dernier exemple avec la saillie
verbale de Macron à Genève sur « les pensants et les subissants »
dans un hypocrite mea culpa. Ces mots font la une des réseaux sociaux dans un
concert de protestations sur le sens avilissant des subissants. On comprend la
colère de bon nombre d’entre nous, mais en fait nous sommes probablement
victime de notre aveuglement. Macron doit à tout prix détourner l’attention du
peuple sur la situation peu glorieuse de l’économie française et sur les mesures
d’austérité qu’il va imposer. Dans ce but ces mots prennent un autre sens, si l’on
considère que Macron n’a aucunement besoin de flatter son peuple, car il a le
pouvoir et une Assemblée avec un parti majoritaire, il a seulement besoin de
flatter les maires, et il l’a fait avec le grand débat national, en vue des
municipales, des régionales et de la présidentielle. Les rats quittent le
navire de LR, la gauche est à terre. Mais les nouvelles directives européennes
sont arrivées sur son bureau le 5 juin. Bruxelles ne va pas déclencher une
procédure pour manquement au rapprochement du déficit public vers le 3% du PIB,
mais décerne un avertissement de sanction en 2020 si le budget n’est pas
conforme à l’objectif d’une diminution de 0,6% du déficit/PIB. On lance donc
une phrase choc pour nous occuper et on prépare une petite histoire pour le
peuple qui doit croire que les mesures prévues sur le chômage et les retraites
sont pour son bien. Dormez bonnes gens, on s’occupe de tout !
L’Histoire
a déjà du mal à être racontée par les historiens.
Les
politiques l’ont compris et bâtissent leurs histoires
Au
gré de leurs besoins politiques et géopolitiques.
Le
peuple soumis doit avoir peur ou bien rêver.
L’Histoire
ne peut rien inventer pour eux.
Alors
les politiciens la créent toujours
Pour
les effrayer ou les endormir !
Claude
Trouvé
12/06/19



Commentaires
Enregistrer un commentaire