Nous avons vu avec le couple Belgique et Pays-Bas que les stratégies de ces deux pays étaient très différentes et il est fort probable que ce soit la cause première expliquant la différence de résultats obtenus entre ces deux pays. Le Royaume-Uni et l’Irlande ne présentent pas la même différence de stratégie que le couple précédent et ne sont voisins terrestres que par la partie anglaise de l’Irlande du Nord.
Royaume-Uni et Irlande
1. Royaume-Uni
On voit que l’idée de l’immunisation collective est restée en filigrane malgré son abandon officiel. Les mesures de restriction de liberté ont été beaucoup moins strictes qu’en France et la gêne psychique et physique du port du masque et du confinement a été limitée au maximum. Le Royaume-Uni le paie par un nombre de décès à 0,070% très élevé qui le place en deuxième position mondiale et est pointé par certains comme l’échec de cette politique. Toutefois on note que si le Royaume-Uni se place entre la Belgique (0,086%) et l’Italie (0,058%), ces deux derniers pays ont pourtant appliqué un confinement généralisé et un port de masque beaucoup plus tôt. La réponse sanitaire n’est donc pas évidente à juger. Mais on peut noter que le Royaume-Uni a manqué de lits, de matériels, et de personnels de santé après une politique d’austérité sévère sur les hôpitaux. Son taux de létalité (cas/décès) à 15,12% est supérieur à celui de la Belgique, et de l’Italie. Si le Royaume-Uni avait eu le même taux de létalité que ces deux pays, il aurait évité le décès de 3000 personnes environ et son taux de mortalité se serait rapproché de celui de l’Espagne, un autre pays ayant appliqué une politique de confinement et de port du masque beaucoup plus stricte. Les bénéfices pour le Royaume-Uni sont un moindre impact sur l’économie avec seulement -2,19% au 1er trimestre 2020 à comparer à -5,34% pour la France et -3,18% pour l’UE, et une meilleure immunisation de la population. Il a par ailleurs choisi des mesures sociales pour le chômage partiel des salariés à hauteur de 80% du salaire comme en France mais un minimum social pour les professions indépendantes.
2. Irlande
La pandémie du Covid-19 en Irlande s’est propagée à partir du 29 février 2020. En Irlande, les écoles ont fermé dès le vendredi 13 mars, contre le vendredi 20 mars au soir en Angleterre. Les consignes sur le confinement à résidence ont été différentes entre l’Irlande du Sud et l’Irlande du Nord qui suit les consignes britanniques. Un habitant de l’Irlande du Sud présentant des symptômes liés au coronavirus doit rester isolé pendant 14 jours, et seulement 7 jours en Irlande du Nord. Le confinement généralisé de la population a été décrété, la distanciation physique demandée ainsi que le port du masque dans les transports en commun, et le télétravail a été préconisé. Mais le manque de personnel de santé et de tests a provoqué une mortalité très supérieure aux principaux pays européens. La plupart des commerces ont été autorisés à rouvrir dès le 8 juin. Il a été mis fin le 29 juin à toutes les restrictions sur les déplacements, et les lieux de culte, bars, restaurants, salles de gym, musées, théâtres, cinémas et salons de coiffure ont été réouverts. Mais le port du masque obligatoire depuis début juillet dans les transports en commun n’est appliqué que par 50% des voyageurs.
Les mesures prises en Irlande sont assez identiques à celles de la France mais moins répressives et moins strictes. On n’avait pas besoin de s’autoriser à sortir avec un document justificatif et l’aération dans les endroits verts ou le bord de mer était autorisée. Malgré une pénurie de masques, et de matériel médical, l’Irlande a instauré très tôt un dépistage dans des lieux publics avec des drive-tests à Dublin. C’est sans doute un point capital dans l’intervention précoce finalement reconnue comme primordiale dans le monde.
La campagne de tests étant plus étendue qu’au début de l’épidémie, le nombre de cas constaté augmente légèrement depuis le 9 juillet sans faire sensiblement augmenter le nombre de décès. L’Irlande voit la fin de l’épidémie et le nombre supplémentaire de cas semble directement lié à l’augmentation du dépistage. Loin au-dessus de l’Allemagne avec 4 fois plus de décès/habitants que celle-ci, l’Irlande réussit un meilleur score sanitaire que ses voisins, Royaume-Uni, Belgique et France. En particulier elle a laissé plus que ces deux dernières un comportement civique responsable moins dirigiste et répressif. Dans sa comparaison avec le Royaume-Uni, on doit noter une réaction plus précoce et plus coordonnée dès le départ avec un souci de dépistage au plus vite en fonction des moyens disponibles. Il semble que la coordination avec les médecins de ville ait été sur ce point plus étroite d’où un dépistage mieux ciblé. Il s’en est suivi un afflux plus progressif des malades et une moindre saturation des moyens hospitaliers. Il n’en reste pas moins que l’écart de résultats entre ces deux pays mérite que des experts en tirent des conclusions permettant de mieux circonscrire les stratégies payantes dans deux pays ayant pratiqué le confinement à résidence. On notera que le port du masque n’a pas été réellement imposé sauf en phase finale dans les transports en commun mais que la distanciation sociale a été fortement recommandée.
La croissance du 1er semestre 2020 de l’Irlande n’est pas publiée au 1er août, mais sur le 1er trimestre 2020, l’Irlande qui a bloqué son économie avant la mi-mars a été un des rares pays européens à afficher une croissance de +1,23%, alors que celle du Royaume-Uni était de -2,19% et celle de la France de -5,94% ! Elle réussit même à faire mieux que l’Allemagne à -2,02%. On ne peut pas préjuger du chiffre du 2ème trimestre mais l’Irlande devrait afficher un meilleur résultat que le Royaume-Uni et la France.
Conclusion
L’article précédent, où la politique sanitaire belge a été confrontée à celle des Pays-Bas, a comparé deux approches sanitaires différentes dans deux pays que l’histoire, la géographie et l’économie rend très proches. Ce n’est pas le cas du Royaume-Uni et de l’Irlande où la politique du confinement à résidence a finalement prévalu. Mais la précocité de l’action a là aussi joué un rôle décisif allié à un dépistage précoce sur les foyers de contagion. On note au passage que dans les deux cas le port du masque n’a pas apporté la preuve de son efficacité et que le confinement généralisé et tardif ne permet plus de contenir le développement de la contamination. Il est remarquable de constater qu’avec une politique plus précocement réactive, et une liberté de déplacement plus préservée, le confinement en Irlande a eu le même résultat qu’aux Pays-Bas avec une politique sanitaire basée sur l’immunisation collective, la distanciation, et le dépistage. On peut raisonnablement avancer que ce n’est pas le confinement généralisé et vraisemblablement pas le port du masque mais bien le dépistage précoce ciblé, le diagnostic, le tri avec isolation physique des seuls contaminants ou hospitalisation, qui apparaissent comme les facteurs principaux de la lutte contre la propagation et le traitement de l’épidémie.
Le prochain article sur ce sujet s’intéressera au couple Espagne et Portugal, deux pays pratiquant le confinement mais dont les résultats sanitaire et économique sont très différents. Cet article et le précédent amènent néanmoins à un commencement de réflexion qui peut se résumer ainsi :
La proximité de deux pays n’induit pas des similitudes
Dans leur comportement sanitaire et économique
Mais il y a un lien entre ces deux comportements.
Les politiques sanitaires sont toutes formatées
Sur 2 principes, autoritarisme ou confiance,
Agissant plus ou moins précocement
Avec les moyens disponibles
En personnels et matériels.
Confinement et masques
N’ont pas pu démontrer
Leur réelle efficacité,
L‘autoritarisme
Non plus.
Claude Trouvé
03/08/20




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