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Que penser de notre pouvoir d’achat ?


La motivation première des gilets jaunes portait sur la taxe sur les carburants et s’est traduite rapidement par une demande d’augmentation du pouvoir d’achat pour finalement se muer en demande de réappropriation de la démocratie et du pouvoir du peuple, pour le peuple, et par le peuple. Les gilets jaunes manifestent pour vivre mieux avec le sentiment d’un pouvoir d’achat en constante diminution. Est-ce pour eux une impression de dégradation ou une réalité ? Est-ce vrai pour l’ensemble des salariés ? Il convient de chercher dans les chiffres la réponse à des questions difficiles. Le pouvoir d’achat réel est très difficile à cerner et son évolution l’est encore plus. Sur le premier point il faut faire la part des dépenses très difficilement compressibles permettant de se loger, s’éclairer, se chauffer, de celles compressibles pouvant toucher à l’alimentation, l’habillement et la santé, et des autres dépenses compressibles. Dans ces dernières il y a les dépenses de transport qui sont théoriquement modulables, la voiture étant le moyen le plus coûteux pour se déplacer dans l’Hexagone.

Confirmant le sentiment exprimé par les Gilets jaunes, une étude de l’OFCE publiée en novembre par l’Insee conclut à une baisse du niveau de vie entre 2008 et 2016 : le revenu disponible des ménages aurait en moyenne diminué de 440 euros sur cette période. Il apparaît de plus par cette révolte que notre système devient de plus en plus inégalitaire. La forte présence des femmes sur les ronds-points n'est pas étrangère à la paupérisation des familles monoparentales, en particulier en milieu rural et dans les grandes périphéries des métropoles mal desservies par les transports en commun. L’étude du pouvoir d’achat est rendue difficile par l’appréciation du taux d’inflation calculé par l’INSEE, calcul qui présente de lourds défauts. Le poids des différents centres de coût, ne correspond plus réellement à la répartition des ménages et d’ailleurs varie selon l’appartenance aux métropoles ou aux zones rurales. Le poids du logement représente par exemple 6% du poids total des dépenses. De toute évidence ce chiffre est sous-estimé actuellement. Par ailleurs le facteur qualité des produits achetés n’est pas réajusté en fonction de l’avancée technologique qui diminue les coûts des ordinateurs par exemple ou celui des tarifs des communications internet en baisse grâce à la concurrence.

On va donc progresser pas à pas et se comparer aux autres pays européens pour juger de notre situation réelle et de l’évolution en cours de celle-ci. On va d’abord regarder le salaire minimum, le SMIC pour la France, dans la plupart des pays d’Europe, puisque la revalorisation du SMIC est l’une des demandes fortes des GJ. On observe que notre SMIC est assez bien placé parmi les autres nations, il est même légèrement supérieur au salaire minimum allemand, supérieur à celui du Royaume-Uni, près du double par rapport à l’Espagne, plus du double par rapport à la Grèce, et plus de trois fois et demi celui de la Pologne. On voit que la concurrence avec l’Espagne pour les produits agricoles à forte main-d’œuvre est très difficile. Par ailleurs tous les pays au pourtour Est et Sud de l’Allemagne ont un salaire minimum très bas, c’est pourquoi l’Allemagne les utilise pour un pourcentage élevé de fabrication de ses produits industriels.

Mais le SMIC est un salaire brut et ne correspond pas à la notion de niveau de vie quotidienne. Il faut lui défalquer les charges salariales pour obtenir le salaire net. A titre d’information le SMIC au 1er janvier 2018 était de 1498,47 euros après une revalorisation de 1,24% par simple indexation sur l’inflation pour un salaire net de 1.148,96 euros incluant 20 euros de baisse des cotisations sociales financée par la hausse de la CSG sur les retraités. En octobre 2018 le salaire net est relevé de 39 euros par une hausse de la prime d’activité et porté à 1188 euros, actant ainsi la disparition des cotisations sociales salariales. Sur une base hebdomadaire de 35 heures et une augmentation de 1,8% pour l’inflation, le SMIC brut 2019 mensuel s’établira à 1 525,47€, soit 1 227,39€ net après déductions des charges sociales et fiscales en tenant compte de la baisse de 20€ de charges salariales. Il n’y aura pas d’augmentation du SMIC en dehors de la prise en compte de l’inflation. Le gain net par rapport à décembre 2018 sera donc de 39 euros (1227-1188). 

Mais il se pourrait bien que les 100 euros de plus annoncés par Macron, non seulement ne concernent pas le SMIC mais le salaire net, mais que les 59 euros correspondant à la disparition des cotisations sociales donnés depuis janvier 2008 fassent partie de la promesse de 100 euros de plus. Si l’on inclut les 20 euros, accordés dans le PLF 2019 et prévus au 1er janvier 2019, il ne resterait que 21 euros à donner courant 2019. C’est en réalité seulement 21 euros, payés avant 2020, que pourraient avoir gagné les gilets jaunes mais la hausse du SMIC n’est que de 27 euros par rapport au 1er janvier 2018. De plus la suppression des cotisations sociales étant prise en compte, rien ne dit qu’un autre coup de pouce au salaire n’ait lieu en 2020. Inutile de dire que la suppression des cotisations sociales salariales est un manque à gagner pour la Sécurité Sociale… que nous paierons forcément. Macron respecte donc les directives de Bruxelles opposées à toute augmentation du SMIC en dehors de l’inflation. Mais si par ailleurs le gouvernement baisse les charges sociales patronales on en arrive à une sorte de « travail au noir » qui fait passer notre Sécurité Sociale d’un système par répartition à un système par capitalisation. C’est probablement le but inavoué donc dans le dos du peuple.

Si l’on revient à une étude comparative de fond, on peut concevoir que les salaires minima sont liés à l’activité économique du pays, donc au PIB. Pour faire une comparaison entre les pays, il faut prendre le PIB/habitant pour tenir compte de la taille du pays. Le graphique ci-contre donne le pourcentage du salaire minimum par rapport au PIB/habitant. On voit que la France déjà bien placée pour le montant de son SMIC l’est tout autant dans ce pourcentage et est en tête de tous les grands pays européens. Elle maintient donc soit une couverture sociale par des cotisations élevées ou un salaire net important dans les bas revenus. Mais une autre explication pourrait être que son PIB/habitant est trop faible pour ce salaire minimum, d’où un pourcentage élevé de participation des salaires minima au PIB/habitant. Enfin on peut aussi dire que le PIB est trop faible par rapport au nombre d’habitants.

Il faut donc aller plus loin dans l’analyse, d’autant plus que SMIC et pouvoir d’achat ne sont pas strictement liés. Ce sera l’objet d’un prochain article.

SMIC et salaire net sont l’objet de manipulations

Qui entraînent les salariés et toute la nation

Vers une société privatisée à outrance

Où la course aux profits se détourne

De la solidarité et de la démocratie

Pour nous asservir aux plus riches.

Les Gilets Jaunes l’ont compris.

Claude Trouvé 
17/12/18

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