Ancien ministre de l’Intérieur • Président Les Républicains
C’est un fait, les Français s'appauvrissent.
Notre PIB par habitant, longtemps supérieur à la moyenne européenne, est passé en dessous en 2022. Il n'est jamais remonté. En 1975, nous étions au niveau de l'Allemagne : l'écart approche aujourd'hui les 18 %. L'Italie nous a rattrapés. La Pologne, qui avait 60 % de retard en 2000, n'en a plus que 20 %. Et derrière ce décrochage, un déficit et une dette que nous laisserons à nos enfants.
Cette situation n'est pas le fruit du hasard. C'est le fruit de mauvais choix, et depuis dix ans le macronisme et ceux qui l'ont mis en œuvre à Matignon, d'Édouard Philippe à Gabriel Attal, l'ont aggravée au lieu de chercher à la corriger. Ils ont systématiquement préféré la dette au travail et les chèques aux réformes.
Quarante ans
de social-étatisme ont produit un système aussi fou qu'injuste : celui du
travail perdant.
Perdant pour le salarié qui travaille dur et gagne à peine plus que celui qui
vit des aides.
Perdant pour
l'artisan qui aurait du travail pour un salarié de plus, et qui renonce devant
le coût et la complexité.
Perdant pour les jeunes, qui porteront à bout de bras un modèle social plombé
par les déficits.
Le plus injuste est là : avec une pression fiscale parmi les plus fortes de
l'OCDE, les Français ne peuvent compter ni sur leur école, ni sur leur justice,
ni sur leur hôpital. Partout l'argent manque. Non pas parce que nous dépensons
trop peu, loin de là, mais parce que nous dépensons mal et parce que nous ne
produisons plus assez de richesse pour financer ce que nous nous sommes promis.
On a fait croire aux Français qu'ils pourraient vivre mieux en travaillant moins. Aucun pays ne s'est jamais enrichi en produisant moins.
Le temps de l'argent magique est révolu. La voie, c'est le travail, et en cinq ans nous pouvons faire émerger la société du travail gagnant.
Des
entreprises libres et moins taxées, à qui l'on rend de la marge de manœuvre.
Moins de normes, moins de contrôles, moins de paperasse : nos entrepreneurs
n'ont pas besoin de l'État pour savoir ce qui est bon pour leur activité.
Zéro cotisation au-delà des 35 heures : pour un salarié payé 2 115 euros net,
c'est près de 2 800 euros de plus par an, l'équivalent d'un treizième mois.
Une société de la confiance plutôt que de la norme et de la suspicion : un code du travail réduit à ses principes fondamentaux, et tout le reste renvoyé à la négociation. Ce qui se décide dans l'entreprise ou dans la branche se décide toujours mieux que dans un bureau ministériel.
Une formation
qui oriente enfin vers les métiers qui cherchent des bras, au lieu de former
pour former.
Le déclassement n'est pas une fatalité. C'est le résultat de choix. Je vous en
propose d’autres.
Commentaires sous forme de lettre ouverte.
Face à un décrochage économique, le bon sens devrait s’imposer.
Monsieur le Ministre,
Avant de commenter vos propos irréprochables sur les chiffres, permettez-moi cette petite incidente.
J'ai longtemps fait partie des ancêtres de votre mouvement. Je les ai quittés quand ils ont définitivement oublié le discours mémorable de Philippe Séguin à l'Assemblée nationale avant le vote pour le traité de Maastricht. Donc ma réponse se situe dans le cadre d'une France engluée dans l'UE, comme me l'avait prédit, avant le vote du traité, le Vice-Ministre de l'Industrie japonaise lors d’un repas de travail.
D'abord les pays ne remboursent jamais la dette sous le coup d'une obligation de le faire, c'est à leur bon vouloir. Mais un pays peut trouver des circonstances économiques et financières où le choix d'investir dans le remboursement de la dette s’avère le plus judicieux. C’est le cas dans deux pays.
La dette reste néanmoins une menace, comme la formation de nuages de plus en plus chargés de pluie orageuse. On parle là de la charge de la dette, le remboursement des intérêts d’emprunt pour nous tous. La perspective de lui voir atteindre les 100 milliards en 2029 conduit à un budget futur amputé encore de 30 milliards. Où les trouver ? C’est cela qui doit sous-tendre tout discours politique et non celui d'agiter en permanence les 120% de dettes actuels.
Ceci nous conduit à un autre inconvénient de la dette, c'est la perspective de voir monter les taux d'intérêt des obligations vendues par le Trésor Public pour faire fonctionner l’État. La confiance dans un État pour les investisseurs est essentiellement basée sur ses performances économiques et sa stabilité politique et sécuritaire. L’acheteur ne prend des obligations à faible taux d’intérêt versé par la France que s’il estime qu’elles seront toujours facilement revendables sur le marché. J'en reviens donc à votre propos sur le PIB/h, qui intéresse la population car très lié au pouvoir d'achat des ménages, mais par nature à la croissance de notre PIB. Sa croissance nous met à l’abri au moins d’un décrochage par rapport aux autres pays, ce qui est essentiel en matière d’offre d’obligations.
Le danger actuel, c’est la nouvelle impossibilité de faire rentrer suffisamment de recettes, pour encaisser une augmentation des dépenses publiques en même temps que celle de la charge de la dette. Le déficit budgétaire devient insoutenable et le devenir pour la balance des paiements.
Il est vrai que ce constat peut être fait pour tous les pays dans l’UE, ou non. Les deux remèdes sont contenus dans une seule phrase « Dépenser moins, et produire plus ». C’est ensuite que la situation actuelle de la France dans l’UE rend plus difficile la sortie de cette impasse conduisant à la faillite.
Le premier remède est de nature universelle : diminuer les dépenses. En pourcentage de PIB la France est un de pays les plus mal placés dans l’OCDE.
Le second c’est d’augmenter la compétitivité des entreprises par la baisse des coûts de production, et des charges. Pour la production c’est l’affaire des entreprises, pour les charges celle de l’État, charges sociales, normes, règlements imposés, code du travail, charge administrative, c’est l’affaire de l’État.
C’est le point où nous divergeons totalement monsieur le Ministre, celui du rôle de l’Etat dans l’activité économique. En tant que candidat à l’élection présidentielle, c’est l’essentiel de votre action future, car malheureusement tout le reste en découle directement ou indirectement.
1. En acceptant le maintien dans l’UE et dans la zone euro, vous vous privez d’un levier essentiel, que la France a utilisé avant Maastricht avec bonheur au moins jusqu’en 1980. Car il est erroné de dire que l’industrie ne peut marcher qu’avec des subventions. Détaxer les heures supplémentaires est une subvention. Les secteurs de production ne réclament pas des subventions, ils veulent pouvoir être compétitifs par rapport à l’étranger. 20% de baisse d’une monnaie nationale permet de rendre aux entreprises la compétitivité qu’elle a perdu, de ramener progressivement vers une consommation intérieure sur les produits français, et de diminuer l’importation des produits étrangers devenus concurrencés par de nouvelles productions françaises redevenues compétitives.
2. L’emploi pour la production n’est pas une fin en soi. Il faut d’abord parler du couple emploi-chômage, un déversoir qui marche dans les deux sens. Ce couple est soumis à notre consommation de produits français et étrangers. Pas de pouvoir d’achat, pas de demande, pas de production, et pas d’emploi, et non l’inverse par l’offre. L’incitation par l’offre se heurte immédiatement au pouvoir d’achat du consommateur, et au prix du marché mondial, ou européen. Même la nouveauté n’a qu’un effet éphémère. Le secteur des produits de luxe, où nous sommes encore présents, le sait bien.
3. La production en France vit de plus en plus de la consommation intérieure. Les Français se tournent de plus en plus vers des produits étrangers dans leur consommation de base. Nous sommes entrés dans un cercle vicieux sans fin et vous pensez que détaxer les heures supplémentaires suffira à combler une perte de compétitivité moyenne de 20% pour redonner du pouvoir d’achat et diminuer notre déficit de commerce extérieur ? Ce genre d’action n’est pas du niveau de l’enjeu actuel.
4. Croire au travailler plus pour gagner plus est proprement un leurre dans les conditions actuelles de la France où les entreprises vont jusqu’à prôner l’immigration pour maintenir au plus bas le coût salarial. Ce n’est pas l’intérêt économique et social de la France. L’immigration massive lui coûte cher, avec en plus un faible taux d’emploi, et une augmentation du chômage. Le tout donne des dépenses de l’État qui s’alourdissent et une pauvreté qui augmente malgré les efforts financiers consentis, pour le slogan « France terre d’accueil », et le sauvetage de l’agriculture et de l’industrie, dont les entreprises, même familiales, disparaissent de plus en plus vite.
5. Monsieur le Ministre pour savoir si travailler plus va sauver la France. Il faut regarder ce qui se passe dans le monde, dans l’OCDE, et particulièrement dans l’UE, et dans la zone euro. Si vous faites une étude honnête, condition nécessaire, mais non suffisante, vous constaterez comme moi que l’effet escompté n’est pas là. Le PIB/habitant n’augmente pas avec le nombre d’heures travaillées. Je suis désolé. Je tiens à votre disposition l’étude que j’avais faite pour le programme de François Fillon. Il laisse encore une fausse information dans les rangs de la droite, soumise en plus à la menace sous-jacente du MEDEF et de la FNSEA. Le lien qui marche c’est la productivité, ce qui est totalement différent et peut se faire aussi sans augmenter le personnel et les heures travaillées. « Le slogan ce n’est pas travailler plus, mais travailler mieux. »
6. Il ne reste finalement que la diminution des dépenses et la croissance du PIB pour s’en sortir.
Sur les dépenses à diminuer tous les Français aimeraient vous entendre. Le social et les infrastructures ne sont pas prioritaires au rabotage. Il y a plein d’économies à faire en dehors des 4,5 milliards versés à l’audio-visuel public. Est-ce normal que l’État s’engage encore en Ukraine en aide militaire et financière à ce niveau sans que le peuple et sa représentation soient invités à se prononcer, et pas à titre consultatif. Si vous vous taisez, c’est que vous acceptez la part de 20% en gros des engagements de la France dans les 90+30 milliards que l’UE va verser à l’Ukraine sans espoir de retour pour tuer des Russes qui ne nous rien fait. Les milliards déversés sur les énergies renouvelables pour finalement avoir un kWh, autrefois 2 fois moins cher que l’Allemagne, mais qui tend à s’en rapprocher de plus en plus à cause des taxes diverses rajoutées, est-ce une dépense utile ou suicidaire quand un pays exportateur est pratiquement autonome avec l’hydraulique et le nucléaire, moins chers en plus ? La liste est longue si on y ajoute les commissions Théodule, et les sociétés privées de connivence au plus près de l’État.
Sur les recettes, je crois comme vous au bon sens, mais on a les moyens de vérifier par rapport à nos voisins si la « recette » est bonne. Il faut arrêter les subventions aux entreprises et aux agriculteurs sauf cas exceptionnels, temporaires et sur des buts atteignables, trop longs à développer ici. Pourquoi parce que les aides ne prennent pas en compte, la santé des entreprises aidées, on l’a vu pendant l’aide au COVID. Les entreprises qui ne font plus de bénéfices doivent suivre la loi de la disparition. Un entrepreneur sait qu’il prend des risques et l’État doit le laisser les assumer. Sinon on a des entreprises sur le mode de sécurité garantie de l’emploi, leur motivation sera entachée par la non prise de risque. Ceci est fondamental dans la conception du rôle de l’État. La France de ceux qui gagnent peu s’offusque du montant de ces aides, véritable tonneau des Danaïdes, sans résultat puisqu'ils voient la France s'appauvrir.
Sur les recettes l’État a encore plusieurs leviers, tous tournés vers la facilitation de la vie des entreprises, mais aussi sur le contrôle des dépenses engagées. Je pense, en écrivant ceci, au domaine de la formation, qui doit être revu de fond en comble, comme j’ai pu le constater moi-même en tant que tant que cadre salarié responsable. Il y a déjà l’aide immédiate, la réduction des charges à un niveau compatible avec l’objectif de rendre nos entreprises compétitives. On est dans le domaine du quoi qu’il en coûte pendant le COVID. C’est toujours une dépense de l’État, mais ses effets sont directement rentables pour les entreprises et le pays. C’est le levier qui essaie de compenser la dévaluation de la monnaie qui nous échappe. L’impôt sur lequel l’État et les entreprises ont un intérêt commun, c’est l’impôt sur les bénéfices. Ma mère se plaignait de payer toujours plus sur cet impôt, mais son entreprise gagnait de plus en plus d’argent. Pour que la France qui travaille retrouve du pouvoir d’achat rapidement et donc de la motivation profitable à l’entreprise, il faut ajuster une clé de répartition raisonnable au niveau de l’entreprise sur ses bénéfices.
Mais sur les charges il faut tout simplifier et ne garder en plus de l’impôt sur les bénéfices, que la partie retraite des charges sociales. Les autres cotisations relèvent du rôle de l’État à assurer la santé et la perte d’emploi de ses concitoyens. Les entreprises ne sont pas responsables de ces domaines, elles ne gèrent pas les hôpitaux, et toutes les dépenses de santé, pas plus que celles de la sécurité, de l’éducation, de la défense, et de la justice. Où trouver l’argent ? Dans les impôts plus importants sur les bénéfices, et surtout sur la réduction des dépenses. L’impôt sur les retraites doit assurer la continuité d’une retraite décente en dehors des mutuelles pour garder le maximum d’égalité entre les Français.
Monsieur le Ministre, vous avez tout-à-fait le droit de me dire que je ne vous apprends rien, et que vous savez tout cela et plus encore. Alors appliquez-le au lieu de nous ressortir des recettes éculées, comme les Français sont à même de le juger. Je ne doute pas de votre prise de conscience de la gravité de la situation, mais il va vous falloir un peu plus de courage pour réveiller les Français qui ne croient plus en rien. Je vous crois encore plein d’énergie, mais montrez que vous êtes alors un vrai chef qui trace une route claire et qui s’engage vite à se faire juger sur ses résultats. Si franchement vous pensez que l’UE est bénéfique pour la France, exposez-vous à un débat public aux meilleurs heures d’audience télévisée avec un débatteur de votre niveau comme François Asselineau.
Je tiens à préciser que ce que j’écris n’a aucunement reçu l’imprimatur de ce politique. Je suis un homme libre et si je m’engage c’est pour faire défendre mes idées par celui que je crois le plus capable de les porter, et non l’inverse.
Avec mon respect pour vos engagements
Claude Trouvé
Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques
Commandant ORSEM
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