France-Allemagne : un couple à l’avenir climatique contrasté.
Avant que des chiffres définitifs ou presque soient publiés par la base de données de la NOAA pour le mois de juillet 2026, ce petit article s’intéresse à notre important voisin. La raison est que les prévisions données par le GIEC, sur la base d’une hypothèse linéaire haussière de +0,02°C/an tout au moins jusqu’en 2050, si j’en crois les écarts de température annoncés, ne s’applique pas aux pays eux-mêmes. Si l’aspect de linéarité est à conserver, la vitesse de hausse est très variable selon l’entité territoriale examinée. Ce n’est pas choquant, puisque chacun peut concevoir que le climat doux de la Bretagne contraste avec le climat très continental du Jura. C’est d’ailleurs pourquoi je ne parlerai plus que de deux modèles un modèle linéaire à vitesse variable, et mon modèle polycyclique, tout en sachant que pour le globe la prévision du GIEC colle parfaitement avec la droite statistique moyenne sur la période 1978-2020. Il n’y a encore à ce jour aucune raison suffisamment évidente de d’invalider la prévision du modèle linéaire pour le globe en 2050. Il est néanmoins utile de le comparer à un autre modèle d’ici là. La contestation de ce modèle linéaire est encore plus utile dès maintenant pour son application à des territoires plus petits, comme nos deux pays.
Il est donc intéressant
de comparer deux grands pays voisins, limitrophes, amis ou ennemis selon les
époques. Leur antagonisme latent de puissance révèle-t-il aussi une différence
dans l’avenir climatique, sujet finalement très politique. ?
C’est ce que nous allons voir sur un
premier graphique de l’évolution des écarts de
température depuis 1910 en Allemagne.
Ceux qui lisent mes articles reconnaîtront la présentation. En quelques mots pour les autres : ce graphique représente l’évolution des écarts mensuels de température de 1910 à juin 2026. L’historique est divisé en deux périodes, l’avant 1978, et depuis 1978, représentées en orange pâle pour la première, et en vert pour la seconde. La courbe bleu la plus épaisse est la traduction graphique du modèle polycyclique retraçant l’évolution des températures depuis 1910. Elle s’enroule autour de la ligne rouge qui trace l’évolution moyenne des températures de 1910 à 2026. Le modèle linéaire en vert est moins visible car caché par le modèle polycyclique avec lequel il se confond presque sur la période 1980-2026. On le voit nettement avec les pointillés verts alignés en haut à droite du graphique, et un peu en bas à gauche. Ces derniers pointillés, en bas du graphique, montrent d’ailleurs que le modèle linéaire 1978-2026 ne peut pas s’appliquer à la période 1910-1977. Enfin quatre courbes entourent la courbe du modèle polycyclique en bleu, à équidistance au-dessus et en-dessous. Les deux plus extérieures en violet permettent de montrer les écarts extrêmes de température, en chaleur et en froidure. Il ne s’agit pas de records de température en valeur absolue, mais en ressenti par la population, donc les variations considérées comme extrêmes par rapport au vécu précédent, et cela d’autant plus qu’elles sont brutales. La durée des canicules est d’ailleurs plus facile à supporter que leur brutalité première. Enfin les deux dernières courbes en bleu montrent entre elles le niveau de qualité que conservera dans l’avenir la tendance du modèle polycyclique.
Le premier regard sur ce graphique note la grande dispersion des écarts mensuels de température, comme je l’ai déjà montré pour la France. Les écarts extrêmes de chaleur sont peu nombreux au-dessus de la courbe violette supérieure, ce qui contraste avec une succession de records ressentis de froids où les deux mois de février 1929 et 1956 sont à égalité les plus extrêmes. Ce sont en même temps des records absolus. 1956 est sûrement aussi dans la mémoire de Français encore vivants. Leur dernier record de basse température ressentie a eu lieu en octobre 2022, et celui de chaud en février 2024 ! Il faut bien séparer la variabilité des écarts mensuels de l’évolution moyenne même pour un pays donné. La litanie des records obscurcit la véritable vision de l’évolution climatique.
La courbe polycyclique n’oscille que faiblement autour de la ligne moyenne en rouge et l’écart entre les deux lignes de part et d’autre montre que toute prévision doit être donnée avec précaution. On peut toujours donner une valeur pour 2035 comme +1,00°C, sachant que l’Allemagne est aujourd’hui en moyenne à +0,08°C par rapport à la période 1991-2020. Mais si on ajoute, c’est sûr à 95% entre -0,75°C et +2,77°C, personne n’écoute plus la prévision. C’est d’ailleurs pourquoi on vous donne le nombre de degrés, sans autre commentaire dissuasif sur sa certitude. Le résultat sur la validité des tendances avec le modèle cyclique est identique à très peu près et même un peu plus large. Maintenant écoutez la bonne parole, mais vous êtes prévenus. Ce qui est détestable de la part de la communication officielle, c’est la certitude implicite.
Toutefois donner une tendance plus qu’une prévision est justifié, car les deux modèles linéaire et polycyclique divergent déjà sur la valeur de l’écart avec +1,3°C pour le modèle linéaire à +0,041°C par an. Néanmoins l’intervalle de certitude est très comparable et ne permet pas de trancher entre les deux modèles. Il faut noter que le modèle linéaire donne une vitesse haussière des écarts plus de deux fois plus rapide que la valeur globale conservée par le GIEC à +0,02°C/an. Le modèle linéaire du GIEC pour le globe s’applique à condition de doubler la vitesse de hausse des températures. En total désaccord le modèle polycyclique propose un écart maximum en septembre 2033 et un écart de -0,1°C en 2050. Ce point est fondamental, car le modèle polycyclique donne de mois en mois la même indication d’un maximum proche pour l’Allemagne. Nous avons donc une occasion proche de trancher dans ce désaccord sur l’évolution climatique de l’Allemagne. J’ai montré dans l’article précédent que cette occasion risquait d’être beaucoup plus éloignée dans le temps.
La France face aux canicules de juin
Après avoir analysé l’Allemagne, il convient de revenir vers la France avant de comparer les deux évolutions climatiques, parce que la France a eu particulièrement chaud en juin 2026.
1. La France en juin 2026 tous mois confondus
Il me faut résumer rapidement mes articles précédents sur ce mois en France. Il détient le record de température absolue depuis 1850, mais pas celui de record extrême ressenti comme je l’ai publié précédemment. Compte-tenu de la tendance haussière moyenne des écarts de ce mois, la température attendue était de +2,3°C pour le modèle polycyclique au regard des mois de juin passés depuis 1910, et de +2,2°C pour ceux passés depuis 1978 pour le modèle linéaire. Or l’écart mensuel réel sortait des probabilités prévisionnelles des deux modèles avec +3,88°C par rapport à la référence 1991-2020. Compte-tenu de son record absolu, et d’un ressenti exceptionnel, il est classé mois caniculaire. Selon le modèle linéaire, la hausse des températures du mois de juin en France est de +0,052°C/an, soit 2,6 fois plus rapide que le globe à 0,02°C /an. Le modèle polycyclique montre une tendance à un maximum en août 2047 à +4°C.
Le record de juin, qui suit le record d’avril, a évidemment un impact sur les tendances à venir des deux modèles. Ce fut déjà le cas de 2015 à 2020 avec le passage chaud du courant marin El niño. Mais l’impact peut se faire dans l’autre sens, quand on a des mois où la température est normale ou relativement fraîche ou froide. Concrètement pour le modèle linéaire la vitesse de hausse reste stable à +0,052°C/an. Il n’y a donc pas d’accélération de celle-ci, et en 2050 la température atteint +2,4°C soit (+4°C) pour (1850-1900), valeur médiatisée par la climatologie française.
Pour le modèle polycyclique le maximum de température est passé de janvier 20pour41 à juin 2047, et de +1,73°C à +2,22°C. Sa vitesse de hausse est sensiblement plus rapide jusqu’en 2030 que le modèle linéaire. Il maintient un décrochage du modèle linéaire depuis 2020, suivi d’un ralentissement après 2035 conduisant à son maximum accompagné d’une légère hausse de +0,5°C. Ceci montre que le modèle cyclique est plus sensible à la grande variabilité des écarts mensuels, mais il ne cède pas sur son caractère cyclique, sauf si les records chauds perduraient sans interruption. Son écart au maximum reste autour de +2,2°C par rapport à 1991-2020 et cela autour de 2040- 2050 au fil des mois.
Je conviens que la précision des maxima au mois près est illusoire compte-tenu de la grande variabilité des écarts mensuels mesurés, mais elle me permet de suivre chaque mois l’évolution des écarts en valeur et en date du maximum pour le modèle cyclique. Toutefois on sait déjà que le mois de juillet bat le record absolu de température. Je ne reviens pas sur mon article sur les records extrêmes du ressenti, mais ce record a eu de bonnes raisons d’être moins éprouvant pour nous et notre environnement que 2006 et surtout 1983. Depuis avril nous avons des records qui croissent. Sans nous en rendre compte nos corps et la nature se sont mieux adaptés à ces changements sans la brutalité pouvant exister avec le mois précédents où la température que nous vivons en moyenne sur l’année. Evidemment mon discours ne fait pas vendre, comme on dit, mais cette pléthore de records médiatisés nous éloigne d’une vision plus raisonnée de l’évolution climatique mondiale d’abord, et de notre pays ensuite. J’aurai bientôt l’occasion d’analyser le mois de juillet avec précision dès que les chiffres collationnés au niveau mondial seront accessibles, c’est-à-dire dans une dizaine de jours. Restons pour l’instant sur le mois de juin 2026 en France pour réfléchir.
2. Quid du mois de juin en France ?
Le record de juin a forcément eu un effet aussi sur la prévision. Que se passera-t-il en juin en France dans l’avenir à court et moyen terme pour à moyen terme ? Cette question que chacun se pose se heurte à une difficulté que même la météorologie nationale ne peut occulter : la variabilité des écarts mensuels de température en France. Sa prévision pour août c’est 50% pour la un mois chaud, 25% un mois conforme et 25% pour un mois froid. Autrement dit, 50% mois chaud, 50% pas chaud, pile ou face. Je ne critique pas sa prudence, elle est justifiée. Je regrette seulement que la même prudence ne soit pas appliquée quand les mêmes se hasardent dans les prévisions climatiques à moyen et long terme. La prévision pour un mois donné est encore plus difficile que pour la France tous mois confondus.
La question simple : « quelle sera l’évolution des canicules dans les mois de juin à venir », sollicite une réponse simple qui ne l’est pas tout. Je peux évidemment suggérer que la probabilité de voir augmenter la fréquence et la température des canicules semble augmenter dans l’avenir. C’est aussitôt ce que les médias relaient. Toutefois l’affirmer laisse à penser que juin 2027 va être pire que juin 2026. Je n’en sais rien et ceux qui l’affirment ont presqu’une chance sur 2 de se tromper. Alors regardons l’évolution des températures du seul mois de juin et en France.
L’évolution des écarts de température de juin en France offre une belle illustration de la possibilité d’une évolution cyclique des températures sur une évolution linéaire en tirets rouges continue depuis 1910. Cette linéarité pourrait tout aussi bien être la trace d’une évolution anthropique du taux de CO2, que celle de la partie quasi linéaire d’un cycle plus long de 200 ans par exemple. C’est le passage ou non par le maximum, représenté en tirets bleu sur la courbe cyclique, qui permettra de trancher. Si celui-ci a lieu, il ne peut plus être compatible avec l’apport continu presque linéaire du flux de CO2 anthropique. Ici la date est lointaine, mais nous verrons ensemble qu’il y a beaucoup d’exemples plus proches.
Les mois de juin pourraient passer par un maximum en 2047 selon le modèle cyclique. Les deux modèles se rejoignent en 2050 avec la même valeur de tendance à +4°C (+5,5°C). Elle est nettement plus élevée que celle obtenue pour la tendance tous mois confondus. C’est la conséquence d’une vitesse d’évolution à +0,084°C/an, 1,6 fois plus rapide que tous mois confondus, et 4,2 fois plus rapide que celle du globe. Il appartient aux décideurs d’en tirer les conséquences, qui n’ont toujours pas été tirées de la canicule de 2003. Les climatiseurs, et les aéronefs arroseurs d’eau attendent toujours en regardant les forêts brûler et les pompiers risquer leur vie.
Alors oui, statistiquement parlant le mois de juin montre une évolution plus rapide que la moyenne des mois. La température de ce mois augmente selon les deux modèles et encore plus vite jusqu’en 2040 pour le modèle linéaire polycyclique. Ce mois pourrait atteindre un écart de +4°C en moyenne, donc sans tenir compte de la variabilité mensuelle qui atteindre plusieurs degré en plus. Il s’agit de l’évolution moyenne. Cela étant ne me demandez pas de faire un pronostic pour 2027 ou 2028. Autrement dit les deux faces de ma pièce n’ont pas tout-à-fait le même poids, mais je ne sais pas sur quelle face elle va tomber pour 2027, j’ai seulement une probabilité plus forte que ce soit sur la face la plus lourde.
C’est très important de comprendre cela pour ne pas rejeter les statistiques en bloc parce qu’elles ne répondent pas à votre attente, mais le plus grave c’est de croire à des chiffres assénés sans que les émetteurs, qu’ils soient politiques, médiatiques, scientifiques, précisent la qualité de certitude de leurs affirmations. Au passage ne croyez jamais un pourcentage d’un sondage si vous n’avez pas la marge d’erreur et le payeur du sondage. C’est ces deux indicateurs qui vous doivent motiver votre méfiance ou votre confiance. Dans le cas que nous étudions, la modélisation statistique du climat ne vous apporte qu’une indication insuffisante pour votre attente, mais elle devrait être très précieuse pour les décideurs qui ne doivent pas réagir que pour l’immédiateté.
Comparaison climatique France-Allemagne
L’étude faite sur ces deux pays va nous permettre une comparaison très intéressante en rassemblant les réponses des deux modèles sur nos deux pays. Les quatre courbes sont présentées en bleu pour la France et en marron pour l’Allemagne., avec pour chacune les deux modèles linéaire et polycyclique. J’attire l’attention sur le modèle polycyclique appliqué à l’Allemagne. Ce modèle n’est utilisable que sur un cycle et demi, or pour ce pays celui-ci se temrine ne 2040. La tendance au-delà n’a plus de valeur prédictive.
Le graphique montre immédiatement que les deux évolutions climatiques sont totalement différentes, mis en part que les deux pays sont encore dans le réchauffement climatique depuis 1978-1980. Les deux modèles montrent que le réchauffement est 26% plus rapide en France qu’en Allemagne, que la température moyenne atteinte en 2026 est plus élevée en France, et que le modèle linéaire colle mieux au modèle polycyclique en 2025.
Ceci se traduit par une tendance vers 2050 totalement différente. La France voit les deux modèles lui annoncé un réchauffement continu jusqu’aux alentours de 2050, et enfin un maximum de température atteint à +2,2°C (1991-2020) ou +3,8°C (1850-2000) dont 0,9°C encore à subir, alors que le modèle linéaire, poursuit le réchauffement au-delà. L’Allemagne montre un ralentissement du réchauffement en cours qui conduit à un maximum en 2037 à +1,0°C ou +2,6°C (1850-1900) avec un faible réchauffement de +0,12°C supplémentaire à subir. Le modèle linéaire poursuit un réchauffement moins rapide que la France et une température plus faible en 2050.
Conclusion
Cette comparaison donne des indications extrêmement importantes :
· Le modèle linéaire appliqué à l’Allemagne semble atteindre ses limites dans un avenir très proche
· La vitesse de réchauffement de +0,02°C/an du globe ne s’applique pas sur les pays et ils doivent mener une politique climatique adaptée à leur propre réchauffement
· La France apparaît comme particulièrement touchée par le réchauffement et pour longtemps. La connaissance des causes doit faire l’objet d’études, et les décideurs doivent réorienter la politique de transition énergétique
· Si le modèle climatique polycyclique trouve en Allemagne ou ailleurs (Arctique, Europe) la confirmation de sa bonne modélisation, l’action primordiale du CO2 anthropique sur le réchauffement ne tient plus. Sa croissance continue, et même en légère accélération, ne pourra plus expliquer la perspective d’un refroidissement possible dans certaines parties du globe et dans un avenir très proche pour certaines.
Bien que cela n’ait aucune valeur scientifique, il est cocasse de penser que la France, qui pollue très peu en CO2, et qui dans ce domaine veut laver plus blanc que blanc, n’a peut-être aucune chance de freiner son propre réchauffement climatique.
Je pourrais faire un article plus court, en vous livrant un résumé assénant les résultats de mes calculs, comme le fait le GIEC et nos climatologues de service commandé, mais je préfère que, même si vous ne lisez qu’en travers l’article pour en tirer une vue plus globale, vous sachiez que je peux présenter un argumentaire solide et mis à l’épreuve depuis 2014.
Merci à tous ceux qui ont lu tout ou partie de cet article, même à ceux qui se sont contentés de lire la conclusion.
Claude Trouvé
09/08/26
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