Il convient de
clôturer la série d’articles sur l’examen des dépenses publiques et sociales
par une conclusion sur la place de la France dans l’UE et la pertinence de la
politique d’austérité et des mesures sociales envisagées par le gouvernement.
Il ressort un certain nombre d’indications centrées quant à l’importance du
PIB/habitant sur les dépenses publiques et sociales résultats d’une politique
de gestion publique plus ou moins affirmée en particulier pour les dépenses
sociales. Le chômage étant une conséquence ainsi que le taux de pauvreté comme
l’indique le graphique ci-contre. On met en exergue le fait que les dépenses
publiques de la France sont les plus élevées de l’UE par rapport à son PIB avec
un taux de 56,4% en 2016. La dépense publique élevée peut avoir deux causes,
une mauvaise gestion due à des organisations internes redondantes et peu
efficaces, ou une bonne qualité de services publics pour l’ensemble des
citoyens répartis sur le territoire. Cela englobe aussi bien la santé, que la
sécurité, l’éducation, la justice, la culture, les sports, la défense, etc. que
les investissements sur les infrastructures. On voit bien avec l’exemple
italien que diminuer la dépense sur les infrastructures peut mener à la
catastrophe du viaduc de Gênes.
Redéfinir les tâches
et leur intelligente répartition entre l’administration centrale et les
administrations territoriales, pratiquer des audits sur l’efficacité du
millefeuille administratif, est une réaction saine pour diminuer les dépenses
publiques mais n’implique pas une recentralisation des moyens. En effet se
limiter à cet aspect c’est négliger à priori la qualité du service rendu. Je
connais parfaitement ce problème valable pour les organisations nationales des
principaux sports auxquelles j’ai participé à tous les échelons dans l’une
d’entre elles. Néanmoins on est souvent contraint à faire des choix, car comme
on le sait : « la plus
belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a ». C’est là que
le bas blesse pour la France, elle est en tête pour le pourcentage de
ressources attribuées mais seulement à la huitième place pour les dépenses
affectées par habitant. Pire son déficit public en 2017 la place dans
l’ensemble des pays aux plus gros déficits/PIB comme le montre le graphique
ci-dessus.
La politique actuelle
est axée sur la diminution de ce déficit donc une diminution de la dépense
publique avec des sacrifices sur les services et les aides apportées au citoyen
comme le lui demande l’UE. Elle montre ainsi son incapacité à
redonner au pays une dynamique de croissance, car c’est bien là ce qui
permettrait à la France de maintenir un excellent service public tout en
diminuant le poids de celui-ci dans le PIB. La France est en proie à une insuffisance
de croissance par rapport à la qualité du service proposé au citoyen et, comme dans
les pays du sud, le carcan de l’euro lui ôte toute amélioration notable et
indispensable de sa compétitivité. Elle s’endette et restreint son devoir de
service et d’aide au citoyen. Avec 0,32% de croissance sur l’ensemble du 1er
semestre 2018, la France figure dans les dernières places des pays de l’OCDE.
La France s’endette mais surtout fait partie de l’ensemble des pays du sud très
endettés avec plus de 10 points de plus que la zone euro et 15 au-dessus de
l’UE.
Mais
si la dépense publique française/PIB est la plus élevée, cela tient à deux
facteurs, les dépenses sociales élevées avec 32% du PIB et la faiblesse du PIB
par rapport à ce qu’il devrait être. Si l’on estime que la France dépense trop
dans ses dépenses publiques on peut s’intéresser aux coûts de production des
administrations, coûts qui réunissent les dépenses de toutes les tâches
ministérielles, y compris la maintenance et la création des infrastructures et
les dépenses individualisées comme celles du chômage, de la santé et des aides
diverses. Les graphiques ci-dessus montrent que la France n’est pas le pays le
plus dépensier. A la 6ème place dans le classement des coûts par
rapport au PIB, elle est à la 14ème dans les coûts/habitant. On
retrouve là le même constat fait dans mes 5 articles précédents. Ces coûts
représentent les services apportés individuellement et à la collectivité, donc
à chaque habitant de ce pays. Le fait de faire mieux que l’Italie, l’Espagne,
le Portugal et la Grèce ne justifie en rien une politique d’austérité de
réduction des coûts qui se traduirait par une perte de la qualité du service
rendu.
La
France doit au contraire s’enorgueillir sans triomphalisme de sa 8ème
place dans les dépenses sociales/habitant même si ses frais de gestion des
prestations sociales peuvent être diminués compte-tenu de sa 3ème
place en valeur. Elle vient relativement bien au secours des chômeurs, mais est
freinée par un PIB insuffisant pour arriver à la hauteur de l’Allemagne. On
fait le même constat pour les retraites où sa 3ème place par rapport
au PIB se transforme en 7ème rang en charge par habitant. La France
est donc à sa place par rapport à sa population mais à tendance à dépenser
au-dessus de ses moyens. Toutefois elle ne brille pas par sa politique
familiale avec une 10ème place/PIB avec moins de 3% du PIB et une 12ème/habitant.
L’orientation actuelle du gouvernement va accentuer ce fait alors que la
natalité de la population autochtone ou assimilée ne cesse de décroître,
phénomène pouvant mener à des affrontements civils avec un apport de population
féconde. Cette dernière est de plus alimentée par l’immigration qui ne peut
être la bonne solution dans un pays où le chômage est endémique entre 9 et 10%.
Les derniers chiffres du chômage en août publiés par la Dares montrent que le
chômage ne décroit pas significativement.
La
France souffre d’un déficit de PIB, donc de croissance qui lui fait perdre des
places par rapport à la plupart des autres pays de l’UE et de la zone euro.
Cela fait apparaître une dépense apparemment pléthorique. Les administrations
publiques en particulier cumulent des déficits successifs et la dette
s’alourdit comme le montre le graphique ci-contre avec 123%/PIB, à ne pas confondre
avec la dette publique de 97%/PIB en 2017. La réponse appliquée à une France
qui vit au-dessus de ses moyens est l’austérité qui mine la croissance comme on
peut le constater par la baisse relative de la consommation par rapport aux
autres pays. Cette politique aboutit à la baisse du service donné au citoyen
dans une spirale descendante qui mène à la situation grecque à terme. Le taux
de chômage maintient une dépense sociale importante et lui-même est une
conséquence du faible taux de croissance. La cause est dans le graphique
ci-dessous.
La
France tient dans le PIB/habitant un rang bien en-dessous de son potentiel et
même de la moyenne de la zone euro. Ceci est dû à des croissances annuelles inférieures
successives et le 1er semestre 2018 avec 0,32% de croissance ne fait
que poursuivre sa descente relative. Son manque de compétitivité est patent et
c’est en gros un décalage de 30% par rapport à l’Allemagne et 15% par rapport
aux Etats-Unis. Les largesses faites aux
entreprises et la politique d’austérité à base de baisse des services et aides
publics ne peuvent ni palier à l’importance d’un tel défaut de compétitivité,
ni réduire le déficit sans toucher gravement au pouvoir d’achat et à la qualité
du service public et des aides sociales. On a vu combien les 40 milliards
du CICE ont fait pschitt sur le chômage et la croissance relative de la France
dans l’UE.
C’est
sur ce graphique des PIB/habitant dans l’OCDE que je terminerai cette série
d’articles, car c’est celui-ci qui donne la réponse au handicap de la France,
handicap auquel la politique d’austérité ne saurait être une réponse en dehors
de la lutte contre le gaspillage, la complexité et la redondance des tâches
dans le millefeuille administratif. Seule
la sortie de l’UE et de l’euro peut redonner à la France les moyens monétaires
nécessaires au développement de son économie. La politique économique de
baisse générale des impôts prise par Trump montre le chemin gagnant avec plus
de 4% de croissance, la baisse du chômage et la hausse des salaires, mais lui
est maître du dollar. Pour nous cela passe par la dévaluation d’une monnaie
nationale. « Dévaluation »,
le mot qui fait peur aux français, ou plus exactement avec lequel on fait peur
aux français. Il est présenté comme le signe de la décadence, cette décadence
qu’on
leur masque soigneusement avec ce slogan ressassé « Ça
ira mieux demain », mais slogan d’enfumage permanent. On
se garde bien de citer la Suisse, le pays dont le PIB/habitant fait partie du
trio de tête en Europe, pour sa surprenante dévaluation récente du franc
suisse. Elle devrait pourtant nous montrer que la monnaie sert de régulateur à
l’économie, même en Suisse, et que celle-ci n’est pas qu’un coffre-fort mais
une nation industrialisée dans laquelle le mot compétitivité a un sens même dans
l’euphorie économique.
Oui la France vit effectivement
au-dessus de ses moyens
Mais peut être fière de ses services et
aides publics
Et elle n’a aucune raison de les réduire
à néant.
Il lui incombe pourtant le devoir de
retrouver
Sa place pour sa croissance dans le
monde
Mais seule l’utilisation de la monnaie
Peut booster assez sa compétitivité.
Alors sortons de la UE et de l’euro !
Claude Trouvé
14/10/18
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